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L'aide aux familles avec enfants
est très peu développée
La natalité espagnole lanterne rouge
européenne
Madrid : de notre correspondante Diane Cambon
Exit l'image de la famille nombreuse espagnole. Ce modèle forgé à
l'époque du franquisme a bel et bien été balayé par trois décennies de
démocratie. Aujourd'hui, l'Espagne détient le record de la natalité la plus
basse d'Europe et figure comme l'un des pays où la politique nataliste est
la moins développée. Le gouvernement de José Maria Aznar a rectifié le tir,
début janvier, en adoptant des mesures financières pour aider les mères
d'enfants de moins de trois ans. Un premier pas pourtant jugé insuffisant
par les associations de familles nombreuses.
L'Espagne est confrontée à un grave problème de
vieillissement de la population. Avec un taux de natalité de 1,23 par femme,
le renouvellement des générations ne devrait plus être assuré d'ici à
quarante ans, selon Eurostat. Cette décroissance risque de s'aggraver dans
les prochaines années, d'après une étude du Conseil supérieur de recherches
scientifiques. Les Espagnoles auraient tendance à retarder de plus en plus
l'âge de la maternité : 58,7% des bébés ont des mamans trentenaires.
Alors que l'Espagne est encore très marquée par le poids
de l'Eglise (90,6% des femmes catholiques pratiquantes mariées ont au moins
un enfant, contre 5,45% pour celles qui vivent en concubinage), c'est
paradoxalement le pays d'Europe qui aide le moins les familles. Seulement 2%
du PIB par habitant est consacré aux allocations familiales (10% en France).
Mais le gouvernement conservateur vient de donner un léger coup de pouce :
quelque 500 000 femmes reçoivent désormais 100 euros par mois. Seules les
femmes actives ayant des enfants de moins de trois ans bénéficient de cette
aide.
Cette restriction a déclenché le courroux de la
Fédération des familles nombreuses. Son président, José Ramon Losana, père
de douze enfants, dénonce avec véhémence «ce projet discriminatoire». «Notre
gouvernement n'a pas pris en compte les femmes au foyer. Or, ce sont elles
qui ont le plus besoin de cet apport financier, car ces familles ne vivent
que sur un seul salaire. Le plus juste serait d'établir une prestation
universelle pour enfant à charge comme c'est le cas dans les autres pays de
l'UE, s'exclame-t-il. Car la natalité est en berne en Espagne,
surtout pour des raisons économiques.»
Difficile de créer une famille, quand le chômage féminin
est l'un des plus forts de l'Union européenne (22,87%). A cela s'ajoutent
les difficultés pour trouver un logement. Selon une étude de l'Association
hypothécaire espagnole, les prix des appartements ont monté de 63,3% entre
1997 et 2002, soit une hausse de 50%, alors que les salaires n'ont augmenté
que de 10%. Enfin, l'Espagne n'a jamais développé un système public de
garderies ou de crèches. A Madrid, par exemple, plus de la moitié des
garderies sont privées. Une place en crèche de 9 heures à 14 heures coûte
environ 154 euros par mois, une somme considérée comme trop élevée par la
plupart des foyers de classe moyenne. |