Le Figaro - 14 Fev 03

L'aide aux familles avec enfants est très peu développée
La natalité espagnole lanterne rouge européenne

Madrid : de notre correspondante Diane Cambon

Exit l'image de la famille nombreuse espagnole. Ce modèle forgé à l'époque du franquisme a bel et bien été balayé par trois décennies de démocratie. Aujourd'hui, l'Espagne détient le record de la natalité la plus basse d'Europe et figure comme l'un des pays où la politique nataliste est la moins développée. Le gouvernement de José Maria Aznar a rectifié le tir, début janvier, en adoptant des mesures financières pour aider les mères d'enfants de moins de trois ans. Un premier pas pourtant jugé insuffisant par les associations de familles nombreuses.

L'Espagne est confrontée à un grave problème de vieillissement de la population. Avec un taux de natalité de 1,23 par femme, le renouvellement des générations ne devrait plus être assuré d'ici à quarante ans, selon Eurostat. Cette décroissance risque de s'aggraver dans les prochaines années, d'après une étude du Conseil supérieur de recherches scientifiques. Les Espagnoles auraient tendance à retarder de plus en plus l'âge de la maternité : 58,7% des bébés ont des mamans trentenaires.

Alors que l'Espagne est encore très marquée par le poids de l'Eglise (90,6% des femmes catholiques pratiquantes mariées ont au moins un enfant, contre 5,45% pour celles qui vivent en concubinage), c'est paradoxalement le pays d'Europe qui aide le moins les familles. Seulement 2% du PIB par habitant est consacré aux allocations familiales (10% en France). Mais le gouvernement conservateur vient de donner un léger coup de pouce : quelque 500 000 femmes reçoivent désormais 100 euros par mois. Seules les femmes actives ayant des enfants de moins de trois ans bénéficient de cette aide.

Cette restriction a déclenché le courroux de la Fédération des familles nombreuses. Son président, José Ramon Losana, père de douze enfants, dénonce avec véhémence «ce projet discriminatoire». «Notre gouvernement n'a pas pris en compte les femmes au foyer. Or, ce sont elles qui ont le plus besoin de cet apport financier, car ces familles ne vivent que sur un seul salaire. Le plus juste serait d'établir une prestation universelle pour enfant à charge comme c'est le cas dans les autres pays de l'UE, s'exclame-t-il. Car la natalité est en berne en Espagne, surtout pour des raisons économiques.»

Difficile de créer une famille, quand le chômage féminin est l'un des plus forts de l'Union européenne (22,87%). A cela s'ajoutent les difficultés pour trouver un logement. Selon une étude de l'Association hypothécaire espagnole, les prix des appartements ont monté de 63,3% entre 1997 et 2002, soit une hausse de 50%, alors que les salaires n'ont augmenté que de 10%. Enfin, l'Espagne n'a jamais développé un système public de garderies ou de crèches. A Madrid, par exemple, plus de la moitié des garderies sont privées. Une place en crèche de 9 heures à 14 heures coûte environ 154 euros par mois, une somme considérée comme trop élevée par la plupart des foyers de classe moyenne.

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