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Un quart de ses habitants ont plus
de 65 ans
Gênes, la ville la plus âgée du Vieux Continent
S. K.
Les médecins ne lui laissaient aucun espoir : on lui avait déjà trouvé une
place à l'hospice. Mais à 90 ans, Gina n'avait perdu ni la tête ni la foi.
«Je veux rentrer chez moi !», ressassait-elle à l'hôpital, où elle se
languissait après une attaque cérébrale qui l'avait laissée à moitié
paralysée.
Grâce à l'aide des services sociaux de la mairie de Gênes,
grâce aussi au dévouement des bénévoles de la communauté de Sant'Egidio,
Gina a pu réaliser son rêve : retrouver son petit studio, au sixième étage,
sans ascenseur, d'un vieil immeuble de la via Ravecca, l'une des ruelles
sombres et escarpées du centre historique. «La première fois que Gina est
revenue chez elle, il y a trois mois, il lui a fallu trois quarts d'heure
pour gravir les marches, se souvient Paolo, l'un des bénévoles de
l'association catholique qui rend visite à la vieille dame. Maintenant,
elle ne met plus qu'un quart d'heure et sort trois fois par semaine !»
Aujourd'hui, Gina a mis du rouge à lèvres et un joli
chemisier chamarré. «Ici, au milieu de mes souvenirs, j'ai repris goût à
la vie : je fais des progrès chaque jour», sourit cette ancienne
domestique, veuve sans enfants. A son cou, un long collier doré et un petit
appareil, qui, en cas de problème, lui permettrait de contacter des secours.
Car tout un réseau de solidarité s'est organisé autour de Gina. Le lundi,
une assistante sociale lui téléphone pour établir sa liste de courses.
Chaque jour, ses repas lui sont livrés, gratuitement. Et pour aller à la
messe ou chez le coiffeur, c'est un bénévole qui vient lui donner le bras.
Avec un quart de ses habitants âgés de plus de 65 ans (dont
plus de la moitié de plus de 75 ans) et une population en diminution
constante depuis trente ans, Gênes est la ville la plus «vieille» d'Europe.
«Est-ce le climat, le régime sain (poisson et huile d'olive), ou les
migrations ? Le fait est qu'il y a de plus en plus de personnes âgées à
Gênes, constate Paola Cermelli, directrice des services sociaux. Mais
cela fait longtemps que l'on ne se contente plus de les envoyer en maison de
retraite : nous proposons au contraire toute une série de solutions pour
leur permettre de terminer leur vie dans les meilleures conditions.»
Avec un seul mot d'ordre : tout faire pour maintenir la personne à domicile.
C'est la municipalité de Gênes qui a instauré, il y a
quelques années, le système du «parrainage», repris depuis par d'autres
villes italiennes : un ancien est «pris en charge» par une famille, qui peut
soit lui consacrer quelques heures par semaine, soit l'héberger chez elle.
«L'expérience prouve que le climat familial améliore de façon
significative non seulement le moral, mais aussi la santé et l'hygiène des
personnes âgées», explique-t-on à la mairie. Un système «qui peut
faire se rencontrer deux besoins», encouragé par une subvention allant
jusqu'à 800 euros par mois.
Pour ceux dont les enfants travaillent, cinq «centres
diurnes» ont été ouverts. Il s'agit de sortes de garderies, qui, comme les
crèches pour enfants, proposent à leurs pensionnaires gymnastique, activités
ludiques et exercices de mémoire. Pour les personnes seules aux revenus
modestes, de petites structures, comme la charmante villa San Teodoro, face
à la mer, accueillent une quinzaine d'hôtes, formant ainsi une «grande
famille».
Un climat familial est également privilégié pour les
anciens SDF : «Au lieu de les héberger à l'hôtel, nous les regroupons par
quatre ou cinq dans une même maison, explique Chiara Rodi, assistante
sociale. On leur offre une femme de ménage, mais chacun conserve une
tâche particulière. L'expérience est très concluante.»
Autre projet, qui permet en même temps d'attirer des
jeunes dans la cité portuaire : «Plus jamais seul à la maison.» «La
principale crainte des personnes âgées est d'être seules le soir. Le
principal problème des étudiants modestes est de trouver un logement : nous
avons donc eu l'idée de les mettre en contact, raconte Carla Costanzi,
en charge du dossier à la mairie. Cette solidarité entre jeunes et
anciens est particulièrement bénéfique pour les deux parties.»
Pour les petits soucis quotidiens, un numéro vert est à
la disposition des personnes âgées. Joliment dénommé «le fil d'argent», il
relie les anciens à une pléiade de volontaires, qui travaillent en synergie
avec les services sociaux de la mairie. Et «pour que les personnes âgées
aient le plaisir de se sentir utiles», indique Attilia Narizano, chef de
projet à l'association de bénévoles Auser, toute une série d'activités leur
sont proposées : faire traverser la rue aux enfants, les surveiller au
square, accompagner des groupes dans les musées... Sans parler des thés
dansants et autres cours de langues.
«Nous ne voulons pas non plus étouffer la personne
avec tous nos services, insiste Maria-Luisa Torre, responsable de la
politique en faveur des personnes âgées à la mairie. Notre discours reste
: ne pas empêcher la personne de faire ce qu'elle est encore capable de
faire seule.» Pour le moment, tout est gratuit, mais la municipalité
envisage à l'avenir de faire participer ceux qui le peuvent.
«De toute façon, poursuit Maria-Luisa Torre,
ces services à domicile seront toujours moins chers qu'une place en maison
de retraite ou à l'hôpital.» Car à Gênes, l'hospitalisation à domicile
est plébiscitée. «Un seul chiffre pour vous convaincre, indique
Ernesto Palummeri, directeur des services sanitaires de la région, en
pointant une courbe sur son ordinateur. Vous avez 5,6 fois plus de
chances de vous rétablir d'une fracture du col du fémur lorsque vous êtes
soigné chez vous que lorsque vous l'êtes en maison de retraite.»
Pour sensibiliser l'Europe au problème, la communauté de
Sant'Egidio a envoyé au Parlement de Strasbourg la «lettre de Maria», qui a
donné son nom à une initiative pour le soutien des personnes âgées à
domicile. «Aidez les autres, comme moi, à rester à la maison, supplie
cette veuve de 75 ans. Peut-être ainsi vivrons-nous plus longtemps.
Sûrement nous vivrons mieux.» |